Supervision et analyse de pratique


La supervision est une opération qui se joue à un niveau réflexif de conscience et de perception des situations professionnelles. Sa caractéristique essentielle est qu’il s’agit de l’accompagnement d’un autre professionnel de l’accompagnement avec lequel se joue du partage du savoir et de l’expérience, entre supervisé et superviseur.
Certains voient la supervision comme une forme particulière de mentorat, un mentor qui guide sur le chemin du développement professionnel. Ce qui se rapproche aussi d’une démarche de coaching. Le chercheur Gabriel définit en 2011 la démarche de coaching comme « une démarche d’accompagnement visant à développer la réflexivité en vue d’un changement de comportement et à optimiser le potentiel du coaché à gérer sa scolarité, ses projets, ses orientations et ses choix » (p. 77).
Pour le superviseur, il s’agit donc d’accompagner le stagiaire comme un entraîneur coache un sportif, afin qu’il  active ses propres ressources, qu’il puisse actualiser son potentiel et surtout développer ses compétences. La supervision peut reprendre à son compte la remarque suivante : « Le coach est une sorte d’accompagnateur de l’innovation personnelle, un chercheur du sens, un accoucheur de la spécificité individuelle » (Gabriel, 2011, p. 11).

Dans la culture actuelle du coaching en France, un superviseur est surtout supposé aider un coach (le supervisé) qui piétine dans un problème professionnel, c’est-à-dire pour lequel il ne parvient pas à intervenir auprès du client comme il le souhaiterait. La plupart du temps, il s’agit d’une difficulté personnelle du coach qui a été réveillée par la problématique du client. Celle-ci renvoie le coach à une propre zone d’ombre qu’il n’a pas suffisamment traitée en travail thérapeutique. Etant lui-même embourbé dans un contre-transfert, il ne peut pas aider son client à se désembourber. Dans cette conception de la supervision, les séances peuvent être ponctuelles. Le coach y traite à chaque fois un cas. Le superviseur y a un souci essentiel: aider le supervisé à mieux accompagner son client. Le piège qui le guette est bien sûr de vouloir traiter le cas du client à la place du supervisé. Le superviseur n’ignore pas qu’en finale, c’est pour le client qu’a lieu la supervision et il sait que s’il échoue, c’est le client du supervisé qui en pâtira. Mais sa façon à lui de contribuer à l’amélioration des choses, c’est d’aider le supervisé à être un meilleur professionnel.

Le superviseur se pose alors de multiples questions: « vaut-il mieux que j’enseigne une technique ou que je laisse le coach trouver sa propre méthode? » « Quand dois-je soutenir un travail professionnel médiocre pour renforcer sa confiance en lui et quand dois-je lui suggérer pour qu’il tire le meilleur de lui-même? » « La difficulté du coach peut-elle être résolue en supervision ou dois-je le prier d’aller voir un thérapeute? » « Le partage de ma propre expérience est-il aidant pour le coach ou vaut-il mieux qu’il essuie des plâtres par lui-même? » « Quelles permissions et protections donner au coach lorsqu’il apporte un cas nouveau et difficile? » « le coach est-il enfermé dans une seule façon d’aborder ses clients ou fait-il preuve de souplesse suivant les cas? »

Que la supervision soit comprise dans le premier sens (résolution de contre-transferts) ou le second sens (développement de l’ensemble de professionnalisme de coach), elle se mène comme un coaching: établissement d’un contrat de supervision (comportant notamment de façon systématique la question « sur quoi voulez-vous être supervisé? »), diagnostic et interventions du superviseur auprès du coach….

Des modes de travail en groupe très fructueux sont possibles: travail en « aquarium » dans lequel un coach s’entraîne devant le groupe sur un cas avec un autre membre jouant le rôle du client, supervision individuelle effectuée devant des autres coachs jouant le rôle d’observateurs silencieux, etc. La limite à ce travail collectif est l’existence institutionnelle du superviseur: un travail en « groupe de pairs » (c’est-àdire de confrères) ou un échange professionnel en « groupe Balint », quels que soient leur intérêt… un superviseur manque…

Source de l’extrait ci-dessus : François Delivré, Le métier de coach, Editions d’organisation.